Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

mardi 18 juin 2013

Alcôves et souterrains : numéro 8 de la revue l'Ampoule

Alcôves et souterrains, tel est le thème prometteur du nouveau numéro de la revue l'Ampoule, revue littéraire énervée... numérique et gratuite que je dirige en collaboration avec Franck Joannic, directeur des éditions de l'Abat-Jour. Nous avons reçu beaucoup de textes et des textes de très bon niveau, nous sommes donc ravis et on espère que vous aussi. Dans ce numéro, vous trouverez quoi ? Du sexe (quoi que pas beaucoup), de la violence (mais pas tant que ça non plus), mais aussi de l'amour, des souvenirs d'enfance, du mystère, un peuple souterrain et même un grand écrivain français et un grand écrivain américain.

Liste des écrivains et artistes au sommaire du numéro :
Stéphane Werth (nouvelle)
Charles Louis (nouvelle)
A.V. Mayer (nouvelle)
Céline Mayeur (cadavre exquis)
Pascal Delamarre (cadavre exquis)
Antonia Bellemin (dessin)
Raymond Penblan (nouvelle)
Jacques Cauda (nouvelle)
Pierre-Axel Tourmente (nouvelle et cadavre exquis)
Marc Laumonier (photos, cadavre exquis et texte du feuilleton)
Muriel Friboulet (nouvelle)
Nicolas Gracias (nouvelle)
Marianne Desroziers (nouvelle)
Guillaume Siaudeau (nouvelle)
Benoît Patris (nouvelle)
Christian Attard (nouvelle)
Mat Lest (nouvelle)
Philippe Sarr (cadavre exquis)
Antonella Fiori (cadavre exquis)
Wladimir Lentzy (nouvelle et cadavre exquis)
Barbara Marshall (cadavre exquis)
Barbara Albeck (photos et cadavre exquis)
Philippe Choffat (nouvelle et cadavre exquis)
Marray (dessin du feuilleton)
Hugues Breton (dessin)

Vous pouvez lire ce numéro et laisser vos commentaires sur le site ici  

vendredi 7 juin 2013

Métèque, revue du far-west

Toujours prête à m'enthousiasmer pour des initiatives littéraires qui sortent des sentiers battus, je souhaite vous faire part de celle-ci découverte hier via Facebook.Il s'agit d'une nouvelle revue qui devrait à terme être une revue papier bi-annuelle, voire à parution plus fréquente et qui présente la particularité de commencer sous la forme d'un profil FB sous le nom de Revue Métèque sur lequel tout un chacun peut publier nouvelles, articles, dessins de sa composition et lui paraissant dignes d'être partagés. Dans un second temps, quand le profil sera bien rempli, les éditeurs de Lunatique feront une sélection et les textes et dessins choisis composeront le sommaire de la revue papier Métèque.


Voici comment J.F. Dalle des éditions Lunatique explique le mot qui donne son titre à la revue et qui me fait me revendiquer métèque : 

Métèque ne possède aucun antonyme. Comme si la langue elle-même le reléguait plus encore en lui refusant un adversaire. Le métèque ? Il ne se définit qu'en opposition au citoyen légitime. Cette double peine m'arrange, en un sens.
Cette revue veut n'engranger que les couacs. Il y a une raison valable,loin de toute afféterie : nous crevons tous de manque. Toutes nos Valda restent coincées. Qui pourra dire qu'il est libre ? Qui prétendra qu'il est débarrassé du nœud qui le garrotte ?

Est donc métèque celui pour qui la vie est difficilement respirable,mais qui ne se laisse pas asphyxier pour autant.
Métèque, celui qui peine dans ce monde, mais qui trace son chemin de l'âne, loin, aussi loin qu'il le peut...
Métèque, celui qui produit du sens malgré la frivolité qui gagne.
Métèque, celui qui ne troquerait sa place de métèque pour rien au monde.
Métèque, celui qui s'arme jusqu'aux dents pour descendre en lui-même.
Métèque ahuri, métèque grandiose, métèque dandy, métèque donneur de son sang, métèque partisan, métèque ébloui, éblouissez-nous,éblouissez-vous !

Jf Dalle

Voilà, ça se passe sur FB sur le profil "Revue Métèque" et ça sera ce qu'on en fera... en tout cas l'ouverture à tous et l'absence de censure font souffler un petit vent de liberté auquel on n'est plus trop habitué.

mardi 28 mai 2013

A propos de la souscription pour "Hirondelle ou martinet ?" de Serge Cazenave-Sarkis

La souscription par le biais du site Ulule afin d'éditer le recueil de nouvelles de Serge Cazenave-Sarkis, "Hirondelle ou martinet ?" a pris fin hier. Merci à ceux qui ont participé. Malheureusement toutes les commandes sont annulées et tout est à recommencer puisque le seuil des 100 précommandes n'est pas atteint.

Croyant dur comme fer aux qualités littéraires de ce livre, Franck Joannic, directeur des éditions de l'Abat-Jour, a pris la décision de publier quand même le recueil, sans passer par Ulule mais aux mêmes prix (11 € frais de port compris pour la version papier, 13 € pour la version couplée papier/numérique). 

Il est possible de passer commander en ligne sur le site ici dès maintenant, mais aussi par chèque en contactant l'éditeur au préalable à notre adresse : editionsdelabatjour@hotmail.fr.
 
Les exemplaires seront envoyés durant la première quinzaine de juillet.
Merci à tous ceux qui ont précommandé (en vain) sur Ulule : on vous attend maintenant sur le site et à notre adresse mail !
 

lundi 20 mai 2013

Prix du Roman Gay 2013

Les prix littéraires, il en existe une multitude, et on s'interroge parfois sur leur utilité. Un prix pour le roman gay, à l'heure où l'homophobie s'affiche dans les rues à visage découvert, sous prétexte de "défendre la famille", voire, encore plus ridicule et infamant, de "sauver les enfants", c'est utile, voire indispensable.
C'est pourquoi, il faut féliciter et soutenir les éditions du frigo qui organise ce Prix du Roman Gay 2013. La liste des livres en lice est longue et regroupe des titres édités par des éditeurs indépendants, y compris numériques.
"Chbebs !", le polar spagaytti de Salima Rhamna publié par les éditions de l'Abat-Jour fait partie de la sélection et je m'en réjouis. Quelques autres titres de la sélection :  "Mon p'tit Flo" de Stéphane Sanc (éditions Gaies et lesbiennes), "Infidèles" d'Abdellah Taïa (Seuil).

Plus d'infos ici.

mercredi 15 mai 2013

J-13 pour la souscription à "Hirondelle et martinet ?" de Serge Cazenave-Sarkis







Je vous ai déjà parlé du livre de Serge Cazenave Sarkis : j'ai fait la critique du livre ainsi que l'interview de l'auteur. 
Alors, voilà, j'en remets une couche car aujourd'hui il reste 13 jours. 13 jours pour souscrire sur le site Ulule (en toute transparence et sécurité) ici
Pour ceux qui sont réfractaires à ce système, il est possible de souscrire par chèque auprès de l'éditeur : pour cela envoyer un mail à editionsdelabatjour@hotmail.fr

Que dire de plus ? Que c'est une belle aventure. Une aventure collective guidée par la passion de la littérature pas comme les autres et l'amour du livre papier qu'on lit, relit, range dans sa bibliothèque, laisse trainer sur une tables basse, annote, corne, prête, offre...

Des critiques de ce livre sont parues ici, et encore là.

On peut écouter des extraits lus par Martine Bressan ICI et ICI


Faites-vous une idée et si le coeur vous en dit, souscrivez... pour qu'il y ait d'autres livres papier des éditions de l'Abat-Jour, éditeur qui, depuis deux ans et demie, a mis en lumière des dizaines d'écrivains talentueux encore inconnus du grand public, jouant ainsi un rôle de défricheur littéraire, animé par sa seule passion du texte (l'argent n'est vraiment pas, heureusement pour lui, sa motivation première, ni même secondaire).

lundi 22 avril 2013

"Hirondelle ou martinet ?" de Serge Cazenave-Sarkis (Editions de l'Abat-Jour)


Dans ce recueil de nouvelles de Serge Cazenave-Sarkis, le lecteur part à la rencontre de l’humanité dans sa diversité, avec toutes ses fragilités, ses failles et parfois aussi ses bassesses et ses névroses. Dans un style parfaitement maîtrisé, cet auteur, bien connu des habitués du site des éditions de l’Abat-Jour et en particulier de la revue L’Ampoule, étonne, amuse et effraie tout en finesse et sans pathos.



Autant l’avouer, quand j’ai lu les nouvelles de Serge Cazenave-Sarkis, j’ai été un peu jalouse car j’aurais aimé avoir écrit une nouvelle comme « Hirondelle ou martinet ? » qui donne son titre au recueil. J’ai beaucoup pensé à l’écrivain Jean-Pierre Martinet à la lecture de ce recueil de nouvelles. Comme l’auteur du génial « Jérôme », Serge Cazenave-Sarkis parvient à nous faire toucher du doigt ce qui fait de nous des humains : besoin d’amour, solitude, cruauté, désespoir…



Le couple et la famille sont disséqués sans ménagement par l’auteur qui se délecte de faire tomber les masques sociaux que nous revêtons tous. Derrière des apparences banales, voire très comme il faut, les gens se révèlent tout autre sous sa plume acérée. Il suffit parfois de presque rien, en tout cas de pas grand-chose (un bruit dans les combles), un grain de sable dans les rouages bien huilés de notre quotidien, pour faire tout basculer. Heureusement, chez Serge Cazenave-Sarkis, la noirceur n’empêche pas l’humour, bien au contraire : on rit souvent, on s’indigne parfois, on frissonne presque toujours devant l’indicible enfin dit.



Ce qui marque dans ces nouvelles, c’est l’audace dont fait preuve l’auteur. Il n’hésite pas à bousculer le lecteur… voire à le manipuler comme le faisait Hitchcock dans ses films. Il parvient à planter le décor de chacune de ses petites histoires avec brio, dépeint des personnages auxquels on croit tout de suite car ils ont de l’épaisseur, sonnent justes car terriblement humains. D’autre part, il sait faire grandir et maintenir le suspens jusqu’à la fin, avec des chutes très travaillées qui laissent bouche bée.



Vous pensiez les vieilles dames inoffensives et rangées des voitures ? Eh bien, figurez-vous que la Tatie Danielle d’Etienne Chatiliez n’a qu’à bien se tenir : vous ne verrez plus jamais les grands-mères de la même façon après avoir lu « Les courses » et « Madame Jacket ». Couple de vieux garçons solitaires, mari au bord de la crise de nerf, grand-mère indigne, voisin envieux, cousin venant au restaurant avec sa compagne très « animale »… tels sont quelques-uns des drôles de personnages de Serge Cazenave-Sarkis, souvent entre deux eaux, prêts à basculer vers l’irréparable ― ou déjà de l’autre côté.

                       

Ce recueil de 17 nouvelles existe dans sa version numérique (format PDF, ePub, Mobipocket) que l’on peut acheter sur le site de l’Abat-Jour. La version papier sera imprimée et commercialisée si et seulement si la barre des 100 souscriptions est atteinte le 27 mai prochain : je compte sur vous pour souscrire sur Ulule.fr dès aujourd’hui !

On parle aussi de ce recueil sur ce blog ami
Une critique sur le  blog le Souffle numérique ici et une autre sur le blog Labyrinthiques .

Une excellente critique dans l'émission de radio Paludes c'est là.


mardi 16 avril 2013

Interview de Serge Cazenave-Sarkis

J'ai eu le plaisir d'interviewer (par mail seulement car nous sommes un peu éloignés géographiquement)  Serge Cazenave-Sarkis, écrivain bien connu des auteurs et lecteurs de la revue l'Ampoule et du site des éditions de l'Abat-Jour. Il est l'auteur d'un recueil de nouvelles intitulé "Hirondelle ou martinet ?" pour lequel les éditions de l'Abat-Jour lance une souscription : c'est un événement exceptionnel puisqu'il s'agit du premier livre papier des éditions de l'Abat-Jour. Vous avez jusqu'au 27 mai pour précommander votre ou vos exemplaires sur le site Ulule (paiement entièrement sécurisé). Merci à Serge qui n'aime pas être interviewé de s'être prêté à l'exercice.
  
Qui êtes-vous, Serge Cazenave-Sarkis ?

Un innocent, comme tout le monde. Comme mes chiens, le chardon, la bruyère, les vaches, les bactéries… comme tout ce qui est du vivant. Un homme qui a compris que sur cette planète, nous sommes tous insulaires.

Commet définiriez-vous votre rapport à l'écriture ? Depuis quand écrivez-vous ? 
J’ai commencé très jeune à aligner quelques mots et phrases que je voulais intelligents – (orgueil) très intelligents. Mais, le fond me manquait. Très vite je me suis dirigé vers la forme. L’objet. Là, l’abstraction me fut plus aisée. Le « succès » était au rendez vous. Tout de suite. À mes sculptures j’ai mis des bandoulières « l’art dans la rue » disait un slogan de mai 68.
Quarante années plus tard (petit souci d’épaule) j’ai eu besoin de poser ma tête (mes pensées) – mes relations devenaient (sans que personne ne s’en doute), trop conflictuelles. J’ai écrit « Nos doigts en clou », un recueil de pensées et d’aphorismes. Un de mes tous premiers textes : « Souvent, le son de ma voix couvre mes paroles. »
La solution n’était plus de dire mais d’écrire. J’écris à nouveau depuis quatre ans. Un ami qui réalise des livres pièce par pièce a composé mes deux premiers recueils. Ont suivit, une compil, et un roman bizarre « Sur mon il » (De penser à toi, ne me donne pas le droit de penser pour toi). Deux nouvelles aussi sur la peur ont rejoint un livre collectif : « Peur sur Noirmoutier ». Et puis, tout à fait par hasard, sur Google, j’ai répondu à un appel à texte. C’était les éditions de l’Abat-Jour. J’ai lu quelques unes de leurs nouvelles et je me suis tout de suite senti chez moi. Je ne les ai plus quittées. (Vous en savez quelque chose !)


La forme courte : on a pu surtout lire de vous des nouvelles, forme de fiction courte par excellence… et que vous distillez souvent sur votre blog sous forme de feuilleton. Pourquoi cet intérêt pour la forme de la nouvelle ?
La nouvelle ressemble au spectacle – chanson, théâtre…  du direct. Se mettre en danger, comme sur une scène… Surprendre. Ne pas lasser. Et tant pis si on se casse la gueule, ça n’est pas grave. On rit un bon coup (on jure surtout) et on recommence. Sans filet. La réaction du « public » est immédiate. J’aime ce sentiment éphémère. Brutal, vivant.

Êtes-vous grand lecteur de nouvelles ?
Depuis que je connais l’Abat-Jour, oui, je suis un grand lecteur de nouvelles. Je ne les ai pas encore toute lues, mais presque…

Si oui, quels sont vos auteurs préférés ?
Maupassant est incontournable. Yourcenar. Zweig. Süskind…

 De manière générale, où se situent vos influences littéraires (époque, continent, genre) ?
L’auteur qui m’a fait aimer la lecture c’est Steinbeck. Plus tard c’est Yourcenar, encore, que je relis régulièrement. Et puis Pagnol, Simenon, Dart, Soljénitsyne… E. E. Schmitt, Teulé…

Comment présenteriez-vous « Hirondelle ou martinet ? », le recueil à paraître aux éditions de l’Abat-Jour qui me vaut de vous interviewer aujourd’hui ?
L’idée que de toutes petites manipulations peuvent détruire une vie. Que le sot a un grand pouvoir – et qui si l’on ne possède pas dans sa « boîte à défenses » un peu de mépris et beaucoup de distance, on risque de tomber malade, jusqu’à en mourir. Hirondelle ou martinet, qui est qui ? Je n’ai pas de réponse, juste ne pas croire, mais savoir… En répondant à votre question, je réalise qu’Hirondelle ou martinet est un peu mon autoportrait.
Une aventure au quotidien. Ce livre, j’ai commencé à l’écrire au début de l’été 2012. Distillé sur mon blog puis, mois après mois, revisité sur le site de l’Abat-Jour. Vinrent ensuite de façon clandestines (en complicité avec Franck Joannic) toutes les nouvelles inédites qui composent les presque deux tiers du recueil.
Je propose là, un recueil qui me plait et que je défends « satisfait ou remboursé ! ».

Quel est le fil qui relie les 17 nouvelles proposées dans ce recueil ?  Ont-elles toutes été écrites à la même époque ? Comment les avez-vous choisies parmi toutes les nouvelles que vous avez en stock ? D’ailleurs en avez-vous beaucoup en réserve ?
Une année de liberté. Sans aucune censure. Une année de passion. Jour après jour, j’ai donné tout ce que je pouvais. Je n’ai rien en réserve. Mais j’ai déjà attaqué la deuxième saison !


J’ai lu et aimé ce recueil, je souhaiterais vous poser quelques questions à ce sujet.
On perçoit un mélange de cruauté et de tendresse, à la fois dans beaucoup de vos personnages et dans le regard que vous posez sur eux. Est-ce voulu de votre part ou presque inconscient ? Souhaitez-vous donner une chance à tous vos personnages, même les moins fréquentables ?

Mes rages ne sont pas retenues. L’outrance permet de faire court, d’aller à l’essentiel. Je raconte tout ce qui me fait peur – nos contradictions, nos paradoxes, nos auto-défenses qui polluent notre raison… La difficulté que j’ai de vivre, mais du plaisir aussi que j’ai à vivre… Et ma colère surtout, qui vient de mon incapacité à ne pas pouvoir ne pas être complice du « système vivant », se manger, se manger tout le temps ! Une horreur !

Il y a beaucoup d’histoire de crimes et de solitude aussi dans vos nouvelles, est-ce un hasard ? Qu’est-ce qui vous intéresse dans ces thèmes ? Vous sondez la noirceur de l’âme humaine… avec le risque que le lecteur ne supporte pas ce miroir que vous lui tendez. Le constat de vos personnages sur la vie de couple, la famille, la possibilité de l’amour ou de l’amitié est assez terrible, non ?
Mes personnages – ils sont et resteront ce qu’ils sont (plus ou moins, peut être… Ils m’échappent…) Je ne les juge pas. Juste je décris. Ils sont. Nous ferons avec. Comme dans la vraie vie. Le hasard.
Un personnage m’entraîne – je le suis, je lui fais confiance. (Ils ne m’ont jamais déçu, ah les salauds !). J’ai l’impression de ne rien inventer. Ils font l’histoire. Je ne connais leur histoire qu’à la deuxième ou troisième page. Juste je raconte : il est cruel, il a peur, il aime, il est seul… Je me laisse entraîner jusqu’au pire. (J’aimerai faire pire encore. Mais je sais que jamais je n’atteindrai en atrocité le réel…).

Comment envisagez-vous la relation entre vous et vos lecteurs ? Que souhaitez-vous que vos textes leur fassent ?
(C’est un peu neuf pour moi), mais il me plait de les savoir au spectacle. « -Il ne va pas nous faire ça !... Non, ça il ne va pas oser… Non… Si ! Il l’a fait ! » Jubilation. Lecteurs – spectateurs, j’aime bien cette idée . Je travaille mon texte jusqu’à ce qu’il puisse être dit avec aisance. Le son, le rythme - l’oralité est ma priorité.  Ah ! Raconter mes histoires !... (Le spectacle, encore.)
Passer un bon moment. Rude parfois, mais plein d’émotions. En jouissant de nos infortunes (La Fontaine, Molière, Maupassant…) Quel soulagement de se reconnaitre, de se voir sans se condamner. Sans se juger. Autodérision. Savoir aussi que tout cela est perfectible… Peut être… Le temps d’une lecture. Que nous n’y sommes vraiment pour rien. Que le monde existe le temps de notre perception. Qu’il pourrait être comme ça ou comme ça… Qu’importe, qu’on le comprenne ou pas… Il sera toujours. Alors, utilisons notre raison et, n’oublions jamais qu’il nous faut beaucoup s’aimer. Qu’avons à faire de mieux. Je reviens au début de notre échange : nous sommes tous innocents.

Vos nouvelles tendent à montrer que les gens ne sont pas ce qu’ils semblent être : vous nous révélez leur part sombre, parfois jusqu’à l’abject. Vous démontez des mécaniques sociales bien huilées qui s’enrayent à cause d’un grain de sable. Cette notion de masque social est-elle ce qui vous intéresse de creuser dans vos nouvelles ?
J’aime faire tomber les masques. J’aime La Boétie.
Aucune censure – j’écris. Je ne cherche ni à choquer, ni à plaire. Juste provoquer de l’émotion. Je suis un libertaire amoureux qui aime l’idée de « société ».
 

J’ai cru aussi percevoir un petit côté « anar » dans vos nouvelles, vous fuyez comme la peste le politiquement correct et le « gentillet » dans vos textes, certains peuvent même choquer les âmes sensibles (je pense en particulier à « Les courses »), non ?
Je ne triche jamais. Je ne cache rien. J’aime. J’ai écrit ceci dans « Nos doigts en clou » :
« L’homme – souvent : Un puzzle sans image, sans paysage – vaniteux – avare et satisfait de toutes les pièces de son jeu… Trésor, le sommes nous tout entier ? De ma bêtise, je me désolidarise. » Question : Qu’est ce qui est vraiment à moi (culture/héritage/cellules…) peu de chose je crois. Alors, qui, quoi défendre ?
C’est vrai que pour « Les courses », j’ai hésité, et puis je me suis fait peur : si ça, tu ne l’écris pas, tu n’écriras plus jamais !... Je ne suis pas assez blindé pour choisir ce que je dois ou ne doit pas écrire. Non, il faut que j’écrive. Ecrire d’abord.


Malgré la noirceur et l’humour noir, on vous sent habité par une nostalgie assez forte et vos personnages aspirent souvent à la douceur et à la tendresse, ce qui donne un mélange à la fois subtile et détonnant… comment dosez-vous cela ? Comment arrivez-vous à cet équilibre ?

Encore une fois, je ne décide rien, je ne dose rien, j’essais d’être le plus sincère possible. Je suis comme ça, un peu môme, un peu vieux, un peu adulte, un peu vieillard. J’aime rire, rire très fort… et j’ai très mal – souvent…

Vous censurez-vous parfois dans un sens comme dans l’autre (trop glauque ou trop tendre) ?
Oh non ! Dans les deux cas, je voudrais faire pire. Être immensément affreux ou terriblement tendre.
 
« Hirondelle ou martinet ? » est une nouvelle étonnante (l’une de mes préférées), celle qui donne son titre au recueil. Pouvez-nous nous dire comment elle est née ?
 Un souvenir de deux frères célibataires, au Castelet où j’avais ouvert mon premier atelier. Ils vendaient du gaz. La table de mon séjour faite en traverses de voie chemin de fer, avec des fentes grosses comme ça ! Les hirondelles qui nichent dans une pièce attenante à mon atelier à Sancerre, et dont j’ai retiré les vitres pour qu’elles puissent l’occuper… et, et… et puis cette histoire qui devait naître…   

Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’écriture ?
Comme dans toute création : la liberté. La surprise. La possibilité de glisser une petite idée (l’air de rien… une métaphore… qui pourrait rendre service…) (…et puis, qu’est ce qu’on est bien – assis !)

Vous aviez déjà publié auparavant ? Pourquoi avoir choisi les éditions de l’Abat-Jour pour celui-ci ?
     
Une évidence, j’en rêvais dès ma première nouvelle. Sans savoir que cela puisse être possible. Et puis j’ai osé un : « J’aimerai vraiment être publié chez vous… » Et Frank Joannic m’a répondu tout aussitôt, sans rien me cacher de sa situation d’éditeur : « Moi aussi. »À l’Abat-Jour, je suis chez moi. Cette édition, Franck Joannic, et vous-même, Marianne, êtes courageux, libres, sans tabou et immensément intemporels. Mettre les choses à l’envers pour voir ce que cela donne a toujours été ma priorité – pour comprendre, juste pour comprendre. Et toujours, si possible, avec élégance. Le courage et l’élégance, c’est l’Abat-Jour.


Votre livre sera le premier livre papier édité par les éditions de l’Abat-Jour, jusqu’ici maison d’édition numérique (trois titres au catalogue, trois romans). Comment envisagez-vous la chose ? C’est une aventure, non ?

Je suis très heureux, j’ai beaucoup de chance de vous avoir rencontrés. Alors maintenant, je ne souhaite qu’une chose, qu’on lise mon recueil, qu’on se régale et que grâce au bouche à oreille il fonctionne, parce que je sais que les bénéfices iront tous à la réalisation d’autres ouvrages, il y a chez vous un nombre considérable de talents qui j’en suis sûr feront un jour parti de votre catalogue.Plus qu’une aventure, un grand moment de vie ! et ça continu !... et le livre en main, aussi, enfin,  peut être irai-je faire le conteur… (nouvelle aventure !) Et un autre et un autre !...


Quelle est votre relation au livre papier par rapport au livre numérique ? En tant qu’auteur ? Et en tant que lecteur ?
J’aime le livre papier parce qu’il ne ressemble pas à ma mémoire. Mais je possède un dico numérique ! À la liseuse, oui, je crois que j’y viendrai.

Lisez-vous vos contemporains ? Vous situez-vous dans une famille littéraire ou une lignée particulière ? Quels auteurs trouvent grâce à vos yeux ? Lesquels détestez-vous ? De manière générale, qu’est-ce que vous n’aimez pas en littérature ?
 Il m’est impossible de répondre à cette question, je peux à la rigueur ne pas aimer, mais détester non. Non, non je n’ai même pas le temps de ne pas aimer…

Le premier livre qui vous ait marqué ? Le dernier livre que vous avez aimé ?  
Premier livre – Steinbeck « Tortilla-flat
Dernière lecture qui m’ait plu (dis très vite) : – Süskind « Le pigeon » (mais, il y en a tant d’autres !...)

Avez-vous d’autres passions hormis la littérature ?    
Je suis passionné quand j’ai décidé de réaliser quelque chose. Je fais peu de chose. Juste, je les fais à fond. Amour, maisons, créations, relations.

Et maintenant ? Des projets en cours d’écriture ? Seul ou en collaboration ? Romans, nouvelles, autres ? 
Je continue les nouvelles, (deuxième saison), et puis, je laisse venir… Je n’ai jamais su où j’allais. (Je sais juste où je ne veux pas aller.) Peut être des nouvelles plus longues… Et des aventures en collaboration, oui, pourquoi pas… J’aimerais aussi écrire l’histoire de « papy Voise » d’Orléans, ce vieil homme qui s’était fait tabasser par des jeunes qu’il recevait chez lui, et dont on sait peu de chose…  Et du plaisir, toujours – avec de temps en temps de bonne et réjouissantes colères ! 
 
Le site d'Ulule où vous pouvez (vous devez !) souscrire c'est ICI. 
Les contributions de l'auteur au site des éditions de l'Abat-Jour c'est là.
Et  le blog de Serge Cazenave-Sarkis est par là.